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Stars and Chronicles

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Cœur fatigué

By admin8986 / April 10, 2026 / No Comments



Il me semble, mon ami, que nous sommes demeurés trop longtemps exposés aux inclémences de la vie, pareils à ces statues de jardin que la pluie lente finit par effacer. L’érosion a discrètement poli nos angles, emportant avec elle le relief de nos passions. Nos journées ne sont plus désormais que de pâles épreuves, ces photocopies grises où la lumière ne parvient plus à mordre, nous laissant errer dans un univers sans contraste.


Le silence s’est invité au foyer, tel un convive importun et taciturne. Il s’est assis entre nous avec une autorité tranquille, occupant l’espace que nos confidences ont déserté. Nous cherchons dans l’éclat factice des écrans et le vain tumulte de la télévision un rempart contre ce vide, mais les téléphones ne sont que des miroirs froids où nos solitudes se mirent sans jamais se rejoindre.


Où s’est donc retiré cet homme dont la détermination m’éblouissait autrefois ? Où se cache ce front brillant de jeunesse que je croyais immortel ? Je te regarde, et je cherche sous tes traits les vestiges de celui que j’ai aimé. Quand mes lèvres s’égarent sur les tiennes, elles n’y trouvent qu’une bise hivernale ; j’ai la sensation douloureuse d’embrasser un être dont l’âme a déjà pris congé, ne laissant derrière lui qu’une dépouille familière.


Je m’interroge dans le secret de mes veilles : m’en veux-tu de n’être plus celle que tu espérais ? Quel grief inavoué nourris-tu contre mon cœur pour t’enfermer ainsi dans cette forteresse de mutisme ? Est-ce moi qui, par quelque maladresse de l’être, suis devenue l’objet de ton dégoût ? Tu mures tes pensées comme on cache un trésor ou une blessure, et ce secret m’asphyxie.


Le chant de notre existence s’est terni, comme une soie exposée au grand jour. Cette mélodie que nous jouions à quatre mains, autrefois si virtuose et si pure, s’égare aujourd’hui dans l’amertume des fausses notes. Pourtant, le piano demeure là, noble et inchangé sous sa robe de vernis ; c’est le pianiste, hélas, qui semble avoir perdu le génie du mouvement.


Te retiens-tu à moi par la seule crainte du déshonneur ou de l’isolement ? Quel triste calcul, puisque la solitude a déjà forcé les portes de nos cœurs. Nous ne sommes plus que deux étrangers dont la mémoire est commune, deux ombres condamnées à la promiscuité des murs, unies par l’habitude mais séparées par l’abîme.


Adieu mon amour…


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