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Regard incertain

By admin8986 / April 9, 2026 / No Comments


Je suivais ton sillage, humble et silencieuse,
Comme on escorte au soir une lueur douteuse,
Le cœur en un suspens de peur et de désir.
Nous habitions l’ennui des cafés sans plaisir,
Où, devant les boissons dont la chaleur s’émousse,
Je taisais mon aveu, cette plainte si douce…
Nous buvions les rumeurs des bars et du hasard,
Et les chemins déserts, sous ton unique regard,
Devenaient des jardins aux vagues étendues,
Où mes craintes, par toi, s’étaient enfin perdues.

Je riais trop, peut-être, en des éclats trompeurs,
Pour masquer le frisson de mes vaines terreurs ;
Mais mes silences las, malgré mon artifice,
Cherchaient ton âme ainsi qu’on cherche un bénéfice.
L’air semblait se charger d’une molle langueur,
Comme un ciel de printemps qui pèse sur le cœur
Et qui, n’osant pleurer, hésite et se tourmente.
Je chantais, l’âme en fleur, sous la pluie étincelante,
Gardant ce pli léger d’un sourire sans nom,
Tandis que tout le monde, en sa vaste prison,
Se résumait pour moi, dans l’ombre et dans l’espace,
À la seule distance où ton pas se déplace.

Étais-je pour ton cœur une image apprise,
Une voix familière, une habitude grise
Que l’on croise au matin sans jamais s’arrêter ?
Je gardais mes secrets, craignant d’en trop conter,
Je couvais mon espoir comme une lampe frêle,
De peur qu’un mot trop pur ne vienne rompre l’aile,
De ce rêve naissant qui n’osait pas fleurir.
Je voulais ton aveu, mais je craignais d’ouvrir
Cette porte incertaine où l’on tremble et l’on espère,
Préférant au grand jour cette ombre tutélaire.

Chaque soir, au moment de quitter nos palais,
Je ralentissais l’heure et mes pas que tu plais.
Je guettais le retour de tes yeux, leur caresse,
Espérant qu’un soupir, né de ta propre ivresse,
Retienne mon exil et me dise : « Demeure ».
Mais tu laissais couler l’onde lente de l’heure,
Et je rentrais, pensive, en la nuit sans flambeau,
Portant ton souvenir comme un fardeau trop beau.

Puis, sans bruit, un matin, le miracle s’opère.
Tu m’as vue, ô bonheur ! dans ta propre lumière.
Visible enfin, je sors de mes limbes d’hier,
Et ton doigt a frôlé mon doigt, tremblant et fier.
La pluie a cessé d’être une larme infinie,
Tout ce temps d’attente était une harmonie,
Une aube de cristal qui apprenait à poindre.
Je t’ai vu me sourire et nos âmes se joindre.

Après tant de longs jours à n’être qu’un écho,
Tu m’as enfin comprise, et le monde est nouveau.
Alors, sans rien de plus, sans phrases, sans mystère,
Accorde moi ce point, ce baiser solaire,
Pour que tout ce silence, aux rumeurs d’autrefois,
Devienne le Verbe et l’hymne de nos voix.


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